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 Gagnants des anciens concours d'Ecriture

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Sleeping Beauty
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MessageSujet: Gagnants des anciens concours d'Ecriture   Mer 5 Juil - 18:53

Concours d'Ecriture 1
Concours de Nouvelles
Gagnant => Anonymous Soldier
L'OBUS
Je cours, je cours, je cours.
Il est beau, le ciel, avec les oiseaux dedans, qui font de la fumée blanche et noire, avec des grands cris et des grands bruits qui font mal aux oreilles qui sifflent douloureusement dans le vent, et les insectes d'acier qui attaquent la peau et y rentrent, remplis de haine.
Je cours, je cours, je cours.
Tac tac tac, c'est caché, ça mange les gens autour de moi qui tombent après avoir couru en criant avec des pantalons rouges et des capotes bleues et des képis bleus et des fusils dans les mains pour tirer sur les autres gens d'en face qu'on ne voit pas et des jambes qui tricotent, qui tricotent, qui tricotent, des musettes qui battent des cuisses et des baïonnettes qui luisent et des sacs qui cassent le dos avec des courroies qui scient les épaules.
Et moi, je suis pareil et je cours, je cours, je cours.
Il y a aussi des gros morceaux de ciel qui s'enfoncent dans la terre qui se fracasse et explose vers le haut dans une gerbe de terre noire qui couvre et recouvre et souffle et les envoie ailleurs disloqués comme des pantins, les gens qui courent.
Comme moi, moi, je cours, je cours, je cours.
Elle a mal, la terre, elle hurle et elle se lance vers le soleil joli et jaune et chaud au-dessus qui éclaire et regarde tout ça et se dit que les gens sont fous et bêtes et qu'il est bien là-haut, qu'il a chaud et que les nuages ne l'embêtent pas, comme quand ils viennent lui tenir compagnie gentiment, mais qu'ils l'exaspèrent parce qu'ils l'empêchent de voir le monde en dessous de lui qui est bien intéressant, surtout quand il s'agite comme ça, avec du bruit, de la lumière et tout.
Et moi, je cours, je cours, je cours.
Et parfois, je me couche sur le sol, derrière des meules de foin qui sentent bon l'été et les moissons et le travail bien fait avec le rire du vin dans la gorge des femmes, des fois aussi, je me couche derrière des arbustes qui piquent avec des fruits rouges et je me dis qu'ils ne sont pas rouges normalement, mais qu'il y a du sang dessus des gens qui meurent autour de moi, alors j'évite de me mettre derrière ces arbustes parce qu'ils me font mal aux mains et au cœur, des fois aussi, je me couche dans des trous d'obus qui sont mouillés de terre et d'eau et de sueur et de larmes et de sang et je me cache dedans avec le nez tout contre en attendant de repartir, et c'est sûr, parce que le lieutenant a dit qu'on obus ne tombait jamais, oui, jamais, non, jamais, deux fois au même endroit, dans le même trou d'obus, sur le même coin de terre, sur les mêmes gens qui crient en silence, la bouche ouverte sur le vide, et des fois, je ne peux pas faire autrement, je me couche dans les blés la tête entre les jambes de l'homme de devant et la tête de l'homme de derrière entre mes jambes à moi qui tremblent parce qu'elles ont peur, comme moi, après tout, ce sont mes jambes, et ce n'est pas parce que j'ai froid, je sais qu'il fait chaud, parce que j'ai chaud, et je reste comme ça couché sur le ventre avec les gens, avec les sacs sur le dos qui nous protègent le dos des gros insectes qui nous cherchent sans arrêt pour boire notre sang, et des fois, je me mets sur le dos pour respirer, mais pas longtemps, parce que c'est dangereux et que si le lieutenant me voyait, je me ferais disputer, sauf s'il est couché avec du sang partout sur son visage, là c'est qu'il est mort, alors je peux me mettre sur le dos quand je veux.
Et je m'arrête, je m'arrête, je m'arrête.
A un moment, j'arrête de courir dans cette position ma tête-ses jambes-sa tête-mes jambes et il y a le silence soudain partout sur les gens en pantalon rouge couchés ou en rouge tout court couchés aussi, sauf un gros animal qui grogne une grosse fois et fait jaillir un gros oiseau devant-derrière moi, je suis sur le dos, je ne sais plus d'où je viens et où je vais, ça me perturbe, j'aimerais savoir si c'est un oiseau de chez moi ou de chez ceux d'en face, et je regarde le ciel et il y a ce gros oiseau qui tombe, qui tombe, qui tombe vers moi, sur moi, pour moi, que les gens autour ont vu et ils s'enfuient en criant encore et ils me disent de changer de place parce que l'oiseau de fer vient vers moi, sur moi, pour moi, mais moi, j'ai peur, je suis cloué au sol, je ne peux pas bouger, je ne veux pas bouger, je n'ai pas envie de bouger, non, je ne bougerais pas, je n'ai pas la force de bouger, je n'ai pas le courage de bouger, j'en ai assez de tout ça, alors tant pis, qu'il tombe vers moi, sur moi, pour moi et que je disparaisse et que je n'existe plus, je m'en fiche.
Et il tombe, il tombe, il tombe.
Je sens son souffle de bête acide dans mon cou, il souffle et grogne comme les autres, je l'entends simplement et je le sens, parce que je suis de nouveau sur le ventre, parce que j'ai peur, parce que je ne suis pas courageux, parce que le seul courage que j'aurais eu, c'est de ne pas regarder la mort en face et de l'assumer, alors j'ai eu le courage de repasser sur le ventre et de rester tapi sous mon sac, à l'attendre, lui l'oiseau de la mort, comme la chouette qu'on clouait aux portes des granges, chez moi, parce que les hommes sont bêtes et qu'ils croient que la chouette porte malheur, pauvre oiseau, mais celui-là, il est vraiment méchant.
Et il arrive, il arrive, il arrive.
Pof, il vient de tomber en plein milieu de mon sac, en plein milieu de mon dos, en plein milieu du champ, en plein milieu de la bataille, en plein milieu du pays, en plein milieu de la guerre, et pendant quelques instants, je suis le centre du monde, et ça fait mal au dos et aux épaules d'être le centre du monde et de le porter lui et l'oiseau noir sur mon dos à moi qui a mal et je ne veux pas bouger, parce que si je bouge, je le connais, cet oiseau, si je bouge, il explose et il va attirer l'attention des insectes sur moi pour qu'ils me cherchent, pour qu'ils me trouvent, pour qu'ils me mangent, et moi je ne veux pas attirer l'attention, je ne veux être qu'un homme en rouge couché parmi les gens en rouge couchés, j'aimerais qu'il tombe et qu'il m'oublie, l'oiseau, mais ce n'est pas possible, s'il tombe, je serais comme les gens qu'il mange et disperse partout en petits bouts sanglants qui ne sont plus des gens, mais des bouts de rien, comme si c'étaient des moutons ou des chats ou rien du tout.
Et il reste, il reste, il reste.
Il ne veut pas partir, il est là pour me prendre ma chaleur, parce que lui, il a froid dans son habit de fer, je le sais, je ne veux pas qu'il me prenne, je ne veux pas bouger, je ne peux pas bouger, je veux que les gens et la guerre m'oublient, surtout le sergent qui est méchant avec moi lorsque je n'ai pas bien ciré mes boutons, pourtant je fais de mon mieux, mais il ne comprend pas, il est méchant, comme l'oiseau et s'il pouvait, le sergent, il me mangerait, me recracherait et me disperserait comme fait l'oiseau, ce méchant sergent, je l'oublie dans la terre, j'espère qu'il y est, même s'il ne le mérite pas, car la terre est bonne et gentille et chaude et je me colle à elle pour entrer en elle, et de toute façon si je m'en décolle, même d'un millimètre, et pourtant, c'est pas beaucoup un millimètre, tellement peu que je ne sais même pas à quoi ça ressemble, mais si c'est ce millimètre de trop, l'oiseau va exploser et j'y retournerais, à la terre, quoiqu'il se passe alors autant ne rien faire, et le sergent, il ne mérite pas d'être avec la terre douce, mais il mérite d'être dispersé partout, sur mes épaules, mes jambes, mon cou, mes côtes, mes bras, mes reins, mon dos, que j'ai mal à tous ces endroits, de rester comme ça couché sans bouger, il faudrait que je bouge, en plus j'ai faim et soif, mais si je prends ma musette, j'explose et si je prends ma gourde, j'explose.
Et doucement, doucement, doucement.
Je déplace mon sac et mon dos dessous et mes épaules dessous et alors, ça va très vite, et il glisse et je le sens qui glisse et il tombe petit à petit et je le sens qui tombe et ça va tout doucement et très vite et j'ai peur longtemps et pas longtemps et pouf, il est par terre, et il me regarde, je le sais qu'il me regarde, mais j'ai mon sac qui me protège, je sens que l'oiseau veut encore exploser et me disperser partout par petits bouts, je le sens encore à quelques centimètres de moi avec ses yeux cruels qui me cherchent et je n'ose pas le regarder et mon sac de toute façon m'empêche de le voir, heureusement qu'il est là et je lui parle et je le remercie, c'est un gentil sac, un bon sac et je lui dis que je ne lui en veux pas d'être rempli de conneries qui ne servent à rien, d'être trop lourd pour moi qui ne suis pas fort que ma mère m'appelle sa crevette, et de me scier les épaules tout le temps aussi.
Et je parle, je parle, je parle.
Et la nuit arrive bientôt et la guerre se tait et la forêt respire enfin et ce sont des vrais oiseaux qui sortent de partout avec des petits animaux qui couinent et furètent parmi les gens en rouge couchés par terre qui râlent et ont mal dans leur corps, moi aussi j'ai mal dans mon corps, mais je ne râle pas, pourtant je ne suis pas courageux, si je le suis, c'est juste grâce à mon sac que j'ai appelé Kiki et ça lui plaît, j'en suis sûr, il me regarde de toutes ses boucles en fer-blanc et il y a des gens qui viennent chercher les gens couchés avec du bois et du tissu sur quoi ils posent les gens en rouge qui pleurent, maintenant que l'oiseau n'est plus sur moi, j'aimerais bien qu'on m'emmène, mais si je me lève tout seul, l'oiseau va me sauter dessus et m'exploser et me disperser, alors j'attends sans bouger, en parlant à Kiki que les gens viennent me chercher.
Et ils viennent, ils viennent, ils viennent.
Et ils me soulèvent par les épaules et il y en a un qui met sa main devant ma bouche et qui dit il respire, et oui, c'est vrai, je respire, et ils me soulèvent et ils veulent m'enlever Kiki, mais ce n'est pas possible Kiki et moi, c'est à la vie à la mort, il m'a protégé de l'oiseau méchant, sinon, il m'aurait fait encore plus mal au dos, et peut-être même un trou dans mon dos à moi, et moi j'ai protégé Kiki des insectes rampants et des petites bêtes qui en avaient après lui, j'ai fait barrage pour qu'ils ne l'atteignent pas, je le sens tout chaud et doux contre ma nuque et sur ma tête, je ne veux pas qu'on me l'enlève, ah ça non, pas question, Kiki est mon ami, nous resterons ensemble jusqu'au bout, quand on aura ramené ceux d'en face chez eux, et même après je garderai Kiki.
Et ils m'emmènent, ils m'emmènent, ils m'emmènent.
Et ils disent la guerre est finie pour lui, il est complètement jeté le camarade, je ne sais pas de qui il parle, alors comme je m'en fiche d'eux et que je ne veux pas leur parler, je parle à Kiki sur le chemin qui nous amène, lui et moi, vers des lumières et des bruits, j'ai hâte de manger et de boire et de donner à manger et à boire à Kiki qui le mérite bien après une dure journée comme ça, et on arrive quelque part où il y a des gens en rouge encore plus rouge partout qui sont couchés partout et qui crient qu'ils ont mal et qui râlent et qui souffrent, ils sont couchés par terre et certains sur des lits et on m'emmène devant quelqu'un en blanc avec du rouge partout sur ses vêtements et il me demande qui je suis, je dis que je suis l'ami de Kiki et je le lui montre du doigt pour qu'il comprenne bien, je sais à quel point les gens sont bêtes, et je lui dis que Kiki fait bien la lessive et qu'il pourrait laver ses habits, parce que Kiki a toujours une chemise propre pour moi.
Il sourit gentiment, il sourit gentiment, il sourit gentiment.
Et il dit que je suis un brave soldat et que mon sac aussi est brave qu'il va me faire une piqûre à moi pour que je sois calme et que je peux garder Kiki avec moi si ça me rassure, alors je dis d'accord et je me mets par terre avec Kiki et il me pique dans le bras, le monsieur, et je suis tout contre Kiki et je suis bien content d'être là au milieu des gens avec mon ami.
Et je m'endors, je m'endors, je m'endors.
Et j'ouvre les yeux et Kiki n'est plus avec moi, je le savais, je l'avais senti, je l'avais rêvé qu'on m'enlevait Kiki, ce sont des méchants hommes qui ont fait ça, ce n'est sûrement pas le monsieur d'hier qui était gentil et attentionné, où est-il, je vais lui demander où est Kiki, il comprendra que c'est important pour moi de retrouver mon ami, alors je me lève et j'essaie de sortir de là où je suis et il y a encore deux hommes en blanc-rouge qui veulent m'arrêter alors je les frappe, parce qu'ils sont méchants de vouloir m'empêcher de retrouver Kiki, alors ils ont mal, alors ils me laissent passer et je me mets à courir n'importe où tout droit et je crie Kiki, Kiki, Kiki et tout le monde me regarde bizarrement, un peu comme on regardait les fous chez moi avant, surtout celui qui se prenait pour un cheval, il était rigolo et gentil, mais les gens ne riaient pas, ils avaient pitié, alors que là, ils rigolent et je rigole avec eux avec des larmes dans mes yeux qui pleurent.
Et je cours, je cours, je cours.
Je vois plein d'amis de Kiki, comme lui, avec des courroies en cuir et des boutons et des boucles en fer, mais ils ne sont pas aussi jolis que mon Kiki et puis je le reconnaîtrais tout de suite à ses grands beaux yeux pleins d'amour et je m'approche du bois là-bas qui est calme et silencieux et personne ne me retient plus, ceux qui ont essayé je leur ai dit non et ils ont abandonné et je suis tout seul, c'est beau, les arbres, mais ce serait encore mieux avec mon sac, et je vois des hommes en gris qui sortent de partout dans la lumière silencieuse et ils crient, je crois qu'ils veulent aussi que je m'arrête, mais pas question, je veux retrouver Kiki et ils ne m'en empêcheront pas, alors je cours vers eux en disant allez-vous-en, laissez-moi passer, et ils braquent leurs fusils vers moi et ils tirent tous ensemble, sans Kiki pour me protéger, je sais que c'est fini pour moi.
Et je suis mort, je suis mort, je suis mort.


Dernière édition par le Mer 5 Juil - 18:55, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Gagnants des anciens concours d'Ecriture   Mer 5 Juil - 18:54

Concours d'Ecriture 2
Concours de Poésie
Thème : La Nuit

Gagnant => Dalian
Nuit d'un hiver éphémère,
Un croissant d'argent aux runes stellaires
Agraffé sur ta mante si légère
Frappe la terre comme un coup de tonnerre.

Nuit qui masque les repères,
Tu as survolé terres et mers.
Quelques heures tu as dansé,
Par une myriade d'étoiles en un ballet insensé.

Nuit qui offre au Jour un verre,
Et le saoûle jusqu'aux abysses de l'enfer,
Quand scelleras tu la fin de cette guerre?
Un temps viendra où un enfant te jettera à terre.

Nuit, tu t'évanouirs sous sa colère,
L'enfant solitaire roule une radieuse sphère,
Tu recules, tu trébuches face au Soleil,
Ta broche se détache et le Jour s'éveille.


ET Sleeping Beauty
Mignonne, allons voir la Lune
Le brouillard qui se lève
Lorsque lumières et yeux se ferment
Enveloppe la vie d’Eve
Qui chaque matin vient et sème

Mais pourquoi chaque soir
A l’heure des bougies, tard
La vie s’endort et rêve bientôt
Sans prononcer le moindre mot ?

Il tarde à Dame Lune
D’arriver au firmament
Pour chercher, à chaque instant
Celui qui brûle déserts et dunes

Elle est folle et brille ardemment
Car son cœur est chaud, même brûlant
Chaque soir elle prie et espère
Attendant celui qui chaque jour erre

Ce soir encore Dame Lune sera déçue
Car Messire Soleil, son aimé, son amant
Déjà appelé dans une course éperdue
Est loin ce soir, loin de sa Dame d’argent

Et la Lune pleurera silencieusement
Ses larmes devenant étoiles et diamants
Et les anges, par dépit, perdront leurs plumes
Devenant flocons et tapissant les dunes

Donc, si vous m’en croyez Madame
Tandis que votre lumière brille toujours
Dans sa plus lumineuse clarté
Pleurez, pleurez tout votre soul
Comme vous le ferez encore
Les étoiles toujours demeureront
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MessageSujet: Re: Gagnants des anciens concours d'Ecriture   Mer 5 Juil - 18:54

Concours d'Ecriture 3
Concours de Nouvelles
Thème : L'Hiver
Gagnant => Sleeping Beauty
L’hiver de Manon
Manon habitait une de ces grandes maisons bourgeoises qui bordent ces grandes rues illuminées. Elle était la fille unique du notaire et jouissait d’une vie sans besoin. Chaque jour elle effectuait les mêmes gestes avec pourtant beaucoup de passion, ne connaissant rien d’autre. Le matin elle prenait des cours de latin, de géographie, de mathématiques et d’histoire. Plutôt douée pour les sciences, son précepteur avait déclaré à sa mère qu’ « elle pourrait devenir chercheur et pourrait même trouver de nouveau vaccins ! ». Alors la mère avait levé les mains au ciel et avait renvoyé l’homme dans ses livres de latin.
L’après-midi, Manon allait souvent se promener par les rues et visitait ses amies. C’était une jeune fille au bon cœur mais à qui on ne savait apprendre que les choses explicables. Manon ne savait rien des sentiments et de l’amour. Pour elle, ses parents étaient sûrement nés ensemble et avaient sûrement grandis ensemble. Ils avaient du ensuite se marier et alors un enfant était apparu. Et elle, n’ayant grandi avec personne, elle ne se marierai point, et ce n’était pas grave puisque c’était ainsi. Cette vision des choses paraissait claire pour Manon et elle ne cherchait pas à en savoir davantage.
Cet après-midi là, Manon marchait comme à son habitude le long d’une grande allée boisée. C’était vers le milieu du mois de décembre et la neige faisait un tapis de coton sur les arbres et la route. Manon avait mis ses jolies moufles vertes et faisait de grands pas pour avancer dans la neige haute. Alors qu’elle allait s’asseoir sur une pierre qui bordait le chemin, elle vit une silhouette au loin. Non pas effrayée, mais plutôt intriguée, elle s’approcha. Lorsqu’elle se rendit compte que la silhouette avançait également vers elle, Manon s’arrêta net. Le garçon –car c’en était un- s’arrêta à quelques mètres d’elle, sans un mot. Elle eut alors le loisir de l’observer. C’était un jeune homme d’une grande beauté, qu’elle n’avait jamais vu dans le village. Il avait le teint pâle et des cheveux d’un noir profond. Ses yeux avaient les teintes du ciel après une tempête. Sa peau était de rose et ses lèvres de nacre. Tout son visage donnait des envies de poésie. Il regarda Manon puis lui dit doucement « Voyez jeune fille, j’ai cassé mes souliers. » Sa voix était chaude et douce, et Manon pensa qu’un homme d’une telle beauté ne pouvait être que bon. Elle sentit quelque chose d’étrange au fond de son ventre. Elle regarda les pieds du garçon et vit en effet, que sa chaussure était décousue. « Si vous pouviez vous asseoir sur cette pierre, je pourrais jeter un œil et voir ce que je peux faire pour vous. » Le jeune homme obéit et alla s’asseoir sur la pierre. Manon s’approcha et se mit à genoux devant lui. Son cœur s’était mis à battre très fort et elle ne comprenait pas ce qui se passait. Elle pensa que ça devait être le froid. Elle retira la chaussure du pied du garçon et commença à chercher d’où était partie la déchirure. Puis, elle sentit une main qui caressait ses cheveux. Elle redressa la tête et vit le garçon qui lui souriait gentiment. Elle ne comprit pas pourquoi mais en cet instant là, son seul désir fut de lui rendre son sourire. Elle le fit, un peu timidement mais avec passion. Depuis qu’elle avait croisé ces yeux gris, il lui semblait qu’elle était quelqu’un d’autre dans un autre monde. Peut être avait elle rencontré un ange. Le jeune homme fit glisser sa main jusqu’aux joues rosies par le froid de Manon, et penchant sa tête, il attrapa ses lèvres et y déposa un baiser tendre et passionné. Manon, surprise par ce geste, recula son visage. Mais, voyant à quel point ce baiser lui avait retourné délicieusement les entrailles, elle rapprocha ses lèvres entrouvertes de celles du garçon qui attendait en souriant. Leur second baiser fut fougueux et adorable. Le garçon passa sa main dans le dos de Manon et la ramena vers lui, puis, doucement, il l’allongea sur la neige, telle une princesse dans un lit de lis. Manon se laissait faire, engourdie non pas par le froid mais par le plaisir et la découverte. Elle ne savait même pas comment appeler cette sensation nouvelle. Tout doucement, le garçon dénoua son corset et glissa sa main chaude sur la peau de Manon qui frémit et fit de même. Les minutes passèrent dans l’abandon total des corps et des âmes. Le garçon aux cheveux de nuit, déposa en Manon toute la tendresse, la chaleur et l’amour des moments de passion intenses et éphémères. Il y déposa toutes les fleurs de la terre, tous les papillons du ciel et toutes les étoiles de la mer. Leurs deux corps brûlants faisaient fondre la neige sous eux et eux, ne sentaient pas le froid les transpercer. Exténués de s’être donnés autant d’amour, ils se regardèrent et échangèrent un dernier baiser qu’ils burent avec émotion. Le garçon se releva enfin, et refermant sa chemise il regarda Manon nouer son corset avec difficulté. Elle ne savait plus où elle était, elle ne pensait plus à rien. Elle savourait ce plaisir dont elle ignorait complètement l’existence. Lorsqu’elle fut remise, il lui prit la main et l’accompagna jusque chez elle. Devant le perron, il déposa un baiser sur son front et s’en alla sans se retourner. Manon le regarda jusqu’à ce que sa silhouette disparaisse au loin dans le brouillard. Elle entra silencieusement chez elle, et se mit au lit. Sa mère, la croyant souffrante lui fit amener un thé et la veilla. Mais dès le lendemain, Manon fut sur pied et l’après-midi, elle retourna près de la pierre. Mais le garçon ne revint pas ce jour là, ni les jours suivants. Elle ne revit jamais cet homme dont elle ne savait rien, pas même le nom. Durant sa vie, pas une journée ne se passa sans que Manon ne se rappelle cet hiver glacial qui lui avait amené la passion et l’amour et qu’elle n’avait jamais retrouvé.


ET Miriel
Du sable dans les poumons.
ELLE : Et même Saint Petersbourg au petit matin n’a rien d’une jolie ville.

LUI : Alors c’est que tu ne te souviens plus de ce mois de décembre où nous avions de petits flocons qui brillaient au coin des yeux sous l’aurore. A la surface des désirs enneigés qui flottaient au creux de la Néva. Gelée. L’air froid qui fatiguait et qui tendait. Juste pour s’essayer à voler. A vivre un peu plus près de la lune. Et le soleil en émotion. Un pacte de lumières et de reflets glacés. Avec la neige qui craquelait et le vent qu’on esquissait aux nuages. A faire danser les poissons argentés au fond de la Volga, l’odeur givrée des sapins qu’on aspirait. Qu’on asphyxiait. Fermer les yeux ne nous donnait pas pour autant des ailes, car nous aimions trop la beauté des instants sourds pour imaginer nos têtes sans y voir un flocon. Des images qu’on arrachait à nos lubies. Le moment en suspens à l’Hermitage. Crever les yeux ouverts face à La Danseuse de Degas. Un chef d’œuvre en concentré et la bouche ébahie devant la touche qui réchauffe. C’était du sable dans les poumons en plein hiver quand la tempête en rafales. Comme un cri dans la poitrine qui résonnait et n’en finissait plus. Comme un cancer de couleurs dans ton crâne qui s’attisait. Comme une terre d’asile en avalanche. Jour après jour. La vie s’inondait. Fallait tenir son cœur pour retenir l’explosion. C’était ça, alimenter la passion qui crevait la faim. C’était la beauté l’instinct la majesté l’éclat la démence l’éther l’effervescence la jouissance la palpitation l’auréole le gouffre. Mais le blanc. Si léger. C’était notre litanie.
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MessageSujet: Re: Gagnants des anciens concours d'Ecriture   Mar 18 Juil - 22:27

Concours d'Ecriture 4
Thème => Le Cauchemar

Gagnante => Letenfensvalë

Réveil

Tu ouvres les yeux et regardes autour de toi.
Tu restes sans voix devant l'inconnu qui t'entoure.
Tu ne comprend pas, puis tu cours.
Tu t'échappes de ce lieu en passant par les toits.

La nuit a recouvert le quartier de son grand manteau sombre,
Les bruits alentours font monter en toi la peur qui t'habite,
Ton pas s'accélère devant les ombres,
Tu ne sais où aller, une seule idée: la fuite!

Une ombre apparaît au fond de la rue dans laquelle tu es descendue,
Son corps lourd semble s'avancer dans ta direction,
Ton pas ralentit pour finalement n'être plus.
Les battements de ton coeur s'accélèrent avec ta respiration...

Tu te retournes pour fuir cette chose mouvante,
Mais tes jambes semblent ancrées dans le sol.
Des larmes chaudes coulent le long de tes joues, tu t'affoles
Puis tout est noir.
Tu sursautes dans ton lit, en nage et tremblante
Mais rassures toi, ce n'était qu'un cauchemar...
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MessageSujet: Re: Gagnants des anciens concours d'Ecriture   

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